• Richard

Lâcher prise?

Mis à jour : janv. 7

Lâcher prise, une notion délicate dont nous entendons beaucoup parler, surtout en cette période troublée. Ce serait un remède-miracle contre tous les malaises. Seulement voilà : comment faire?


"Lâcher prise" suppose qu'il resterait encore quelque chose à faire (lâcher), soit une n-ième injonction. Ce n'est sans doute pas ce dont nous avons besoin...


Peut-être pouvons-nous lui préférer la formulation "laisser être", qui suppose l'acceptation de ce qui est ici et maintenant, sans crispation, ni adhésion.


Ces deux mots "laisser" et "être" introduisent un changement de point de vue assez radical. Il n'y a rien à faire. Il n'y a plus à s'épuiser à lutter contre (si la situation est indésirable), ni à s'accrocher (si elle est désirable). Il n'y a plus qu'à entrer en contact avec ce qui est déjà là, ici et maintenant, sans jugement. Et prendre note que c'est là, tout simplement. Toute l'énergie est ainsi consacrée à regarder les choses en face avec lucidité, sans ajouter le filtre de nos goûts, de nos opinions, ni les peurs résultant de notre histoire personnelle, de nos traumatismes...


On pourra objecter que "cela ne résout pas le problème". Certes, et ce n'est pas le but. Il n'est pas encore question de faire quelque chose, mais d'appréhender la situation telle qu'elle est, préalable indispensable à apporter une réponse construite à la réalité et non une réaction automatique à une représentation biaisée de cette réalité.


Et pour cela, avant tout éviter toute crispation inutile. Paradoxalement, c'est cette inaction apparente qui permettra ensuite l'action juste.




Je me souviens très bien de ma première retraite Vipassana en Bretagne il y a quelques années. Au bout du troisième ou quatrième jour, à raison de plusieurs heures de méditation et de marche par jour, j'ai commencé à sentir le mental s'emballer. Les pensées contradictoires s'entrechoquaient, et j'étais traversé d'émotions fortes et diverses.


En cette fin de matinée, nous étions comme d'habitude assis dehors devant le manoir sur des bancs pour la dernière méditation avant le déjeuner. Et j'étais là, tout à fait incapable de stabiliser mon mental en folie, essayant de toutes mes forces de revenir à mon souffle, en vain.


Et soudain, je me suis dit "et zut!" (en réalité, ce fut moins poli). Immédiatement, je sentis littéralement quelque chose "tomber par terre", comme si je me libérais d'un poids écrasant sur mes épaules. Le soleil d'avril chauffait mon visage, les teintes printanières du paysages devenaient plus vives et la voix véhémente qui discourait dans ma tête se calma d'un coup. A la place me vinrent ces mots comme sous la dictée, alors qu'un grand calme montait en moi : N'essaye pas si fort Laisse le soleil te cuire Le vent te rafraîchir Laisse-toi infuser dans l'herbe Par le chant des oiseaux Laisse-toi traverser Par le vrombissement du bourdon Pars sur le miaulement de la buse Reviens sur l'aboiement du chien Laisse l'hirondelle te déposer Sur la crête de la colline Reviens à dos de lapin A l'orée du bois N'essaye pas si fort Laisse faire Laisse faire Laisse faire

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