• Richard

La pleine conscience face à l'inacceptable

Mis à jour : nov. 10

Il y a des moments où je m'interroge. Ou plutôt ce sont les événements qui m'interrogent avec une brutalité inouïe. Des moments où mes convictions les plus intimes sont ébranlées.

Il y a une semaine, j'ai vécu de tels moments, sidéré, bouleversé, dévasté puis révolté par la tragédie que nous avons tous appris.


Les émotions montent, soudaines, intenses, physiquement douloureuses et se mêlent dans un maelström extraordinairement éprouvant.


La sidération, la tristesse, la révolte, des bouffées de colère, de haine même, suivies de rafales de culpabilité et de doute.



Comment puis-je être submergé par autant d'émotions contradictoires? Comment puis-je ne serait-ce qu'un instant ressentir de la haine? Et comment après cela puis-je enseigner la méditation, la lutte contre le stress, l'acceptation et la bienveillance? IMPOSTEUR!


STOP. Respirer. Une fois. Deux fois. Trois fois. Poser la main sur le cœur. Éprouver ce contact réconfortant, cette chaleur qui se répand dans mon corps douloureusement contracté.

Respirer encore. Qu'est-ce qui est là? Qu'est-ce qui monte comme une vague scélérate?

Sidération. Peur. Révolte contre une barbarie inacceptable. Colère. Plus jamais ça. Qui est responsable? Se défendre. Violence. Tristesse. Compassion pour la victime et ses proches. Sentiment d'injustice, retour à la révolte, à la colère et ainsi de suite dans un carrousel fou.

Dans le corps? Tripes tordues, poings et mâchoires serrées, boule de feu qui monte à la tête. Souffle court, heurté, douleurs dans la poitrine. Vais faire une crise d'asthme? Yeux qui piquent, larmes.

Les pensées? Entre interrogations: comment peut-on faire ça à quelqu'un? comment cela a pu se passer en pleine rue, en plein jour? et pensées plus agressives de révolte, de défense, de vengeance peut-être, puis tristes, désespérées. Encore? Pourquoi? Et peut-être le plus dur: ce sentiment d'impuissance devant les faits.


C'est là. Inutile de repousser, puisque c'est déjà là. Ça fait mal. C'est humain. Je ne suis pas le seul à avoir pris ça comme un train en pleine face. Ça va passer. Respirer, encore. Ça ne suffit pas.





Alors une marche rapide, dehors. Attraper un masque, le sentir sur le visage. Descendre. Marcher à pas rapides. Sentir mes muscles, mes articulations jouer. Consommer ce trop-plein d'énergie mobilisé par la colère. Il pleut. Lever la tête, laisser couler la pluie froide sur mon visage, tant pis pour le masque, on dirait que le ciel pleure. Me rappelle un vieux blues (the sky is crying). Ça fait du bien.


Ça va mieux, rentrer. Reprendre ma météo intérieure. Accepter le fait et mes réactions. C'est là. Ça va passer, comme tout le reste.


Qu'est-ce que cela m'enseigne? Que je reste humain, sensible à la douleur, à la colère. La méditation ne me rend ni meilleur ni pire qu'un autre, elle me rend plus conscient de ce qui se passe ici et maintenant. Alors évidemment quand l'inacceptable arrive, peut-être en suis-je plus touché parce que plus présent. Et comme le Petit Prince au renard au moment des adieux, je pourrais me demander "Qu'est-ce que j'y gagne?"


J'y gagne d'être plus relié. A moi-même comme aux autres. J'y gagne à cause de la vulnérabilité que je reconnais et accepte. J'y gagne à cause de la responsabilité de répandre la pleine conscience que je ressens plus que jamais. Et si j'attendais d'être parfait pour cela, je n'enseignerai jamais.


Il m'aura fallu une semaine. Une semaine pour que la sérénité revienne. Une semaine pour partager mes émotions, mes interrogations et mes doutes. Une semaine pour rendre hommage à une personne qu'animait la volonté de partage, le désir de transmettre, manifestes dans ses mains ouvertes qui offrent, son sourire et son regard.


A lui ainsi qu'à toutes celles et ceux qui ont fait le choix d'enseigner, tout mon respect et toute ma gratitude.


"Pourquoi nous haïr? Nous sommes solidaires, emportés sur la même planète, équipage d'un même navire. Et s'il est bon que des civilisations s'opposent pour favoriser des synthèses nouvelles, il est monstrueux qu'elles s'entredévorent."(Saint-Exupéry, Terre des Hommes)

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