• Richard

Méditation et idées reçues (1 - les pensées)

Dernière mise à jour : 18 déc. 2021





Cela revient presqu'à chaque séance.

Lorsque vient le moment où je sollicite les participants pour exprimer leur ressenti ou poser des questions sur la pratique, j'entends beaucoup de variations sur le thème : "j'ai eu beaucoup de pensées" ou "je n'ai pas pu arrêter les pensées". Généralement, cela s'accompagne d'un ton un peu contrit, d'un hochement de tête navré ou d'une attitude corporelle similaire signifiant que l'on a échoué, que la méditation n'était pas "bonne". Et chez les autres participants, j'observe des signes de solidarité ou des approbations à mi-voix montrant à quel point ce cliché est ancré et largement partagé : méditer, c'est ne pas avoir de pensées, c'est "faire le vide dans son esprit".


Du reste, il suffit de regarder au rayon "Développement personnel" des librairies pour y voir des titres tels que "Je pense trop", "Pourquoi trop penser rend manipulable", ou même "On est foutu, on pense trop" ou encore promettant de "Débrancher (enfin) son mental et reconquérir sa vie" (rien que ça!)

Bref, le coupable de tous nos maux est tout trouvé : le mental (pour une fois que ce n'est pas le stress). Nous adorons les boucs émissaires.


D'un autre côté, nous sommes invités, surtout en milieu professionnel, à "penser positif", "penser en grand", voire "penser différemment", quand ce n'est pas "penser 360". Au milieu de tant d'injonctions contradictoires, il y a de quoi se sentir perdu.


Pour autant, que serions-nous sans nos pensées? La pensée discursive, qui nous a permis autant le progrès scientifique que la morale et la philosophie? La pensée créatrice qui nous offre entre autres l'Art. Clouer son mental au pilori, c'est ôter l'un des trois pieds du tabouret symbolisant notre assiette. Quant à arrêter de penser volontairement, c'est tout simplement impossible plus de quelques secondes ou minutes, à moins d'avoir envie d'une grosse migraine. Repousser nos pensées, c'est tout simplement chercher à nous amputer d'une part de notre humanité.





En réalité, il est tout à fait possible de pratiquer la pleine conscience en présence des pensées. Il suffit de suivre le principe fondamental énoncé par Jon Kabat-Zinn et les voir pour ce qu'elles sont, sans jugement. Alors que sont les pensées?


Selon Platon, c'est "un discours que l'âme se tient, qui ne s'adresse pas à un autre et que la voix ne profère pas." Et en effet, les pensées prennent souvent la forme d'un discours intérieur que j'appelle "Mental FM", ou bien d'un film projeté sur notre écran intérieur. Il peut rappeler plus ou moins fidèlement des souvenirs, spéculer sur l'avenir, ou bien être un commentaire ou une critique de l'expérience qui se déroule instant après instant.


J'ai coutume de revenir à l'étymologie des mots, c'est souvent révélateur. "Penser" vient du latin pensare, qui signifie peser, apprécier, évaluer. De là à ce que la pensée passe au fameux jugement j'aime/j'aime pas/bof, il n'y a qu'un pas. Et c'est là que le bât blesse, car la pleine conscience est par définition sans jugement.


Alors comment faire? Il s'agit de voir les pensées telles qu'elles sont, d'aller au devant d'elles sans réticence (résister ou les repousser ne ferait qu'en générer d'autres!) et de réaliser leur nature, à savoir un discours sur la réalité, mais pas la réalité.


Par exemple, la pensée de l'eau ne mouille pas. La pensée de l'eau ne vous désaltère pas si vous avez soif. De même, la pensée d'un chien n'aboie pas, ne mord pas. Dès que l'on a réalisé cela, les pensées perdent sur nous leur pouvoir de fascination et sont ramenées à de simples histoires racontées par le mental auxquelles rien ne nous oblige à croire. Mais nous adorons les histoires, et nous nous laissons entraîner très facilement. Réaliser que les pensées n'ont aucune substance permet de les laisser traverser notre esprit et en sortir sans nous saisir, même si l'histoire est séduisante.


Ce qui paraissait être un obstacle à la méditation devient alors tout simplement un objet de méditation comme un autre, comme un son qui parvient à notre oreille ou une sensation dans le corps. Ni plus, ni moins. Cette banalisation de la pensée est libératrice dans la mesure ou elle déculpabilise le méditant d'avoir des pensées. Mieux, cela permet d'entrer en contact avec elles tout en gardant sa liberté.


On objectera que certaines pensées reviennent encore et encore jusqu'à devenir envahissantes et envahir le champ de la conscience. Ce sont alors des ruminations, souvent révélatrice d'émotions fortes, ou alimentées par ces émotions. Emotions? Alors ça aussi c'est possible quand on médite? Ce sera l'objet d'un prochain post... D'ici là , n'ayez donc plus peur de penser en méditant!




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