Du fil de soie au fil de soi
- Richard
- il y a 19 heures
- 2 min de lecture
J'ai eu l'occasion d'aborder ici la sensation d'être, "Je suis".
Il se trouve que je viens d'animer ce matin au CCJL de Fontenay-aux-Roses un stage de trois heures sur le thème "Le Je, cet inconnu".
Il s'agit, au-delà des perceptions corporelles issues de nos cinq sens et au-delà de celles de nos états mentaux -pensées et émotions- de tourner notre attention vers sa propre source, à savoir notre conscience elle-même. Nous laissons de côté tous les objets perçus en pleine conscience pour retourner la flèche de l'attention vers nous-même.
Ce n'est alors plus la méditation de pleine conscience, mais la méditation de pure conscience, dans la mesure où nous sommes alors tout à la fois le sujet qui médite et l'objet de cette méditation. Nous contactons une sensation subjective d'être, simplement. "Je suis", sans autre précision. Plus d'étiquette ( je suis ceci ou cela, j'ai tel âge, tel rôle, telle identité... ) Je suis.
Ce sentiment pur d'être, de vivre, peut apporter une sensation de calme profond, tout comme il peut susciter une angoisse existentielle lorsque nous ne pouvons plus nous cacher derrière nos masques, nos histoires...
Etant éminemment personnel, cet état n'est pas simple à exprimer autrement que par des métaphores, car il est au-delà des mots, il ne peut que se vivre.
Alors que je proposai l'image d'une impression subjective d'exister ténue comme un fil de soie m'est alors venue de fil(!) en aiguille une autre image.
Les jeunes araignées, lorsqu'elles arrivent à maturité, peuvent émettre un long fil de soie et profiter d'un coup de vent pour s'envoler très loin au bout de ce fil et se disperser sur un large territoire. Il arrive même que cela provoque des "pluies d'araignées" chacune suspendue à ce qu'on appelle parfois des "fils de la Vierge".
Ce long fil de soie et ce vol m'ont fait penser au voyage de notre conscience dans le flux de l'existence.
Et en effectuant quelques recherches sur ces araignées volantes, j'ai trouvé un poème de Walt Whitman qui exprime mieux cette image que tout ce que je pourrais écrire.
Patiente, silencieuse, l'araignée,
Je l'ai remarquée, solitaire sur son petit promontoire
Je l'ai vue explorer le vaste vide autour d'elle
De force fils, des fils, des fils qui coulaient de son corps
Elle n'en finissait plus de les secréter et de les dérouler à toute vitesse.
Et toi Ô mon âme où que tu sois,
Encerclée, seule dans l'océan infini de l'espace,
Tu flânes sans trêve, partant à l'aventure, t'élançant, cherchant les sphères où t'attacher
Jusqu'au pont qu'il faudra bien jeter, jusqu'à ce que l'ancre malléable tienne,
Jusqu'à ce que le fil soyeux que tu jettes s'accroche quelque part, Ô mon âme.
Walt Whitman (1819-1892), Feuilles d'herbe,
trad. Richard Breitner, 2026
Du fil de soie ... au fil de soi?

