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Irimi

Pour devenir instructeur MBSR, il est demandé de pratiquer régulièrement l'une des activités corporelles suivantes : le yoga, le taiji quan, le qi gong ou l'aïkido.


Si cela se comprend facilement pour les trois premières, dont la parenté avec les mouvements conscients enseignés durant le cycle est plutôt claire, je m'interrogeais sur la dernière.


Ayant pratiqué divers arts martiaux japonais et chinois depuis mon enfance, je n'avais pas encore à l'époque où j'ai étudié MBSR abordé l'aïkido, sans conteste le plus subtil et le plus mystérieux à la fois. Le nom déjà : aïkido, la voie (do) de l'union ou de l'harmonie (aï) des énergies (ki). Au moins pour le judo tout est clair : la voie (do) de la souplesse (ju), tout comme pour le karatedo : la voie (do) de la main (te) vide (kara).


Et il y a l'art en lui-même : un pratiquant reçoit l'assaut d'un ou plusieurs adversaires, semblant continuellement les esquiver et les faire chuter, sans même parfois qu'aucun contact n'ait été visible.





Toutefois, si l'on regarde plus attentivement, on constate que le pratiquant commence toujours par avancer vers le partenaire (l'aïkido préférant ce terme "aite", certes rival ou concurrent, mais aussi partenaire, compagnon, à celui d'adversaire). En clair, il "rentre" toujours vers le danger.


Ayant ensuite débuté la pratique de l'aïkido, j'ai réalisé que ce mouvement est fondamental. Il s'appelle Irimi (rentrer) et on entend très, très souvent ce mot durant les séances. Que ce soit en allant droit vers le partenaire pour "prendre son centre" (omote : devant, manifeste, positif) ou en oblique pour sortir de la ligne d'attaque, puis dévier son mouvement et le lui renvoyer (ura : derrière, caché, négatif), la première chose qu'un pratiquant d'aïkido fait est invariablement de marcher vers le danger, jamais de le fuir.


Cela ne vous rappelle-t-il rien?


La première chose qui est demandée aux participants d'un cycle MBSR après avoir expliqué les mécanismes du stress et ses effets est d'aller au contact de leur stress et de l'accepter, et ce avant d'essayer de faire quoi que ce soit pour en limiter les effets délétères. En clair, il est demandé de faire Irimi !


Ce n'est qu'après avoir identifié ses stresseurs, leur "signature" dans le corps et les émotions et pensées associées que leur seront données des clés pour le juguler.


Il s'agit en premier lieu d'aller avec courage au contact du stress, puis alors seulement de maintenir avec lui la juste distance pour à la fois le reconnaître, l'accepter mais ne pas le laisser nous saisir et nous emporter.


En aïkido, cette juste gestion de la distance (ma) est aussi fondamentale. C'est vrai dans tous les arts martiaux, mais encore plus dans celui-ci, qui exige une précision absolue pour la réussite des diverses techniques. Cela prend du temps avant que les partenaires semblent tomber comme par magie sans que le pratiquant ne semble faire d'efforts démesurés. C'est encore un point commun avec la pratique de la méditation, qui demande une pratique régulière sans effort excessif et de la patience avant de révéler tous ses bienfaits.


En ce sens, la pratique de l'aïkido est peut-être celle qui se rapproche le plus de celle de la méditation dans l'accueil de ce qui se présente et la manière d'y répondre activement en conscience. Et le nom de l'art se comprend alors parfaitement : l'énergie du partenaire est absorbée grâce à la nôtre, les deux sont unies puis renvoyées à Aite, ainsi confronté à sa propre agressivité et neutralisé. Il s'agit donc bien de l'union des énergies des protagonistes. Il n'est pas ici question de rejeter ou de "casser" l'agressivité du partenaire, mais d'unir son énergie à la nôtre pour les utiliser à bon escient afin de rétablir l'harmonie de la situation.


De même en méditation : accepter ce qui vient, agréable ou désagréable, accueillir l'énergie que cela peut faire monter en nous (par exemple la colère) et la réorienter pour l'utiliser à bon escient. La parenté entre aïkido et pleine conscience devient limpide.


Pour terminer, voici une courte démonstration d'aïkido avec quelques ralentis où Irimi est clairement visible.




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