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Le beau mot de tuteur

  • Photo du rédacteur: Richard
    Richard
  • il y a 7 minutes
  • 3 min de lecture

Je viens de voir le film "Gourou" de Yann Gozlan avec Pierre Niney.

Comme souvent, le réalisateur mêle à son  sujet de fond (ici l'emprise) un thriller que j'ai d'ailleurs trouvé assez bancal.


Mais là n'est pas le sujet que je souhaite aborder aujourd'hui.

La sortie de ce film s'est accompagnée d'une certaine effervescence dans le monde du coaching car le héros s'intitule "coach". On a donc vu, notamment sur LinkedIn, des échanges parfois assez vifs sur l'association explicite que le film fait entre coach et gourou, ce dernier terme entendu dans son sens le plus toxique.


Et j'en viens donc au problème essentiel de la posture de l'enseignant ou de celui ou celle que l'on considère comme expert dans son domaine.


Quand bien même je ne le souhaite pas, il m'est arrivé de voir dans l'attitude de mes participants une sorte de déférence provoquant une dissymétrie dans nos rapports qui me dérange. Je suis toujours attentif à me présenter comme une "apprenant-expert" plutôt que comme un instructeur, car l'enseignement n'est qu'un autre temps de l'étude. Il n'empêche...

Le fait d'en savoir un peu plus ou d'avoir plus pratiqué que les autres entraine fatalement cette dissymétrie, qui peut à son tour créer une relation de dépendance vis à vis de l'instructeur/expert/grand schtroumpf.

Je suis donc toujours très attentif à cela, car je ne veux à aucun prix tomber dans le syndrome de celui-qui-sait.


C'est d'ailleurs pour cela que je n'aime pas le terme de coach (que s'obstinait à me donner une participante : coach Richard, c'est gentil mais non!), car il est corrélé à une notion de performance totalement contraire à l'esprit de la méditation comme à celui du yoga.

Même le terme d'instructeur ne me convient pas tout à fait, toujours à cause de ce rapport de sachant à apprenant finalement assez infantilisant. Et malheureusement, il peut sembler confortable d'être infantilisé, de revenir à ce temps où l'on était materné et où la solution venait toujours de nos parents ou enseignants. Or, l'idée dans le programme MBSR, tout comme en yoga d'ailleurs, est de porter les participants vers l'autonomie.


Tant il est vrai que :


"On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est un point de vue sur les choses."

(Marcel Proust - À l'ombre des jeunes filles en fleurs)


Il ne s'agit pas de déverser encore de l'information dans le cerveau déjà bien encombré des participants. Il s'agit de transmettre et d'initier une pratique régulière qu'ils pourront poursuivre seuls. Car :


"Un professeur médiocre parle. Un bon professeur explique. Un excellent professeur démontre. Un très grand professeur inspire."

(William Arthur Ward)



Peut-être pourrions-nous alors nous emparer du beau mot de tuteur. Cette tige ou armature fixée dans le sol pour soutenir ou redresser une plante, un jeune arbre tire son origine du latin tutor (un observateur, protecteur, gardien) , de tueor (regarder attentivement, observer, surveiller, protéger).


Par un glissement de sens, on est passé du domaine moral au domaine physique.

Ce que j'aime dans le tuteur, c'est qu'il soutient le jeune plant juste le temps qu'il lui faut pour acquérir son autonomie et poursuivre seul sa croissance.


Car la véritable grandeur du tuteur, c'est d'accepter de rester minuscule devant l'arbre qu'il a aidé à grandir.

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